Démocratiser l'art en le rendant accessible à tous, ceci en un simple clic ? C'est la mission que s'est lancée Artsy, une plateforme en ligne mettant à la disposition des internautes un catalogue riche de centaines de milliers d’œuvres d'art. Visite guidée au cœur d''une galerie virtuelle où vous pourrez suivre, liker et même acheter vos œuvres préférées.
"Artsy’s mission is to make all the world’s art accessible to anyone with an Internet connection."
Telle est la devise d'Artsy, qui, depuis 2012, s'emploie à démocratiser le monde de l'art, souvent taxé de microcosme élitiste, en proposant un catalogue en ligne d'oeuvres d'art internationales.
Un chantier titanesque que Carter Cleveland a décidé d'entreprendre en s'inspirant du modèle des plateformes de streaming musical. C'est donc à l'image de Pandora, que cet ingénieur informaticien fraichement diplômé de l'université de Princeton a souhaité créer un site basé sur la découverte et la curation d’œuvres d'art en s'adressant à différents types de profil, qu'il s'agisse de mécènes, de galeristes, de collectionneurs ou de simples
amateurs d'art.
Découvrir
Avec son catalogue riche de plus de 250 000 œuvres d'art, Artsy place la découverte artistique au cœur de l'expérience utilisateur :
Le "Art Genome Project"
Derrière cet intitulé aux accents scientifiques se cache un système de classification et de contextualisation des données permettant de décrire au mieux artistes, oeuvres et mouvements artistiques. Ainsi, on compte 1200 termes caractéristiques appelés "gènes" ayant été définis par l'équipe d'Artsy avec l'aide de galeries partenaires, de musées et d'utilisateurs. Chaque œuvre d'art se voit attribuer environ 25 gènes. La mise en place de cette taxonomie permet d'améliorer grandement l'expérience utilisateur en permettant la découverte de nouvelles œuvres d'art.
La curation
Toujours dans ce souci de rendre l'art accessible au plus grand nombre, Artsy permet de se créer facilement et gratuitement un compte afin de pouvoir suivre ces artistes préférés. En moins d'une minute, la plateforme vous invite à choisir vos mouvements artistiques, artistes et musées favoris.
Aperçu du processus de création de compte
Vous pourrez alors par la suite recevoir des notifications personnalisées concernant l'actualité d'un artiste ou d'un musée auquel vous vous êtes abonné.
Des pages "artiste" personnalisées
Une chose est sure, Artsy sait mettre en valeur le travail des artistes, ceci, en leur dédiant des fiches au design léché au sein desquelles l'internaute peut retrouver biographie, photos d'oeuvres HD, articles exclusifs ou encore dates d'expositions à venir.
Chaque œuvre bénéficie également de sa propre fiche comprenant ses caractéristiques (titre, date, technique, format etc.), son lieu d'exposition et sa disponibilité. A noter, le bouton "view in room", très utile pour visualiser une œuvre en "contexte réel".
Fiche du tableau Higher Standards/Lower Prices d'Ed Ruscha
Artsy met également en avant la portée pédagogique de sa plateforme, avec sa classification pointue des oeuvres et la possibilité pour les enseignants de télécharger des visuels HD d'oeuvres d'art et de faire découvrir à leurs élèves les coulisses de leur création à travers sa section "In the studio" où l'on peut découvrir, par exemple, un reportage-photo au cœur du studio du street artist JR.
Collectionner
Artsy joue également le rôle d'intermédiaire entre la galerie et le collectionneur en permettant l'achat d’œuvre depuis la plateforme allant de 100 $ jusqu'à 1 million. Le site ne prend pas de commission sur les transactions, toutefois, les galeries doivent souscrire à un abonnement mensuel pour pouvoir être référencées sur la plateforme.
Quand on sait que près de 25% des 20-30 ans ont acheté leur première œuvre d'art en ligne sans jamais l'avoir vue physiquement, d'après une étude réalisée en 2014 et que 55% des sondés (tous âges confondus) ont acheté une reproduction à tirage limité directement par le biais d’une plateforme web au cours des douze derniers mois, le marché de l'art en ligne a de beaux jours devant lui.
Deux mondes que l'on pourrait penser presque opposés, ceux des musées et de l'Internet, ont aujourd'hui tendance à se croiser et à créer des passerelles pour prolonger expérience et découverte culturelles. De l'événement collaboratif destiné à remixer le musée initié par Museomix au hacking (gentil, on vous rassure) du design des sites de musées pour les rendre plus accessibles sur terminaux mobiles lors de la Responsive Museum Week, en passant par la découverte de Pictify, le nouveau réseau social destiné aux galeries d'arts et aux musées, nous avons passé en revue 3 voies possibles pour réunir web et musées.
Museomix - du 19 au 21 octobre 2012
“Remixer le musée ensemble” tel est le crédo de cet événement participatif destiné au monde des musées. L’objectif de Museomix : questionner la place du visiteur face au savoir. Ce challenge est relevé par une communauté de “museomixeurs” issus de tous horizons (conservateurs, médiateurs culturels, designers, codeurs...) qui se mobilisent pour créer de nouvelles interactions en plein coeur d’un musée. Sur place comme en ligne, ces derniers ont trois jours pour mettre au point des prototypes, fruits de la rencontre entre le monde culturel et le numérique, qui pourront être testés en temps réel par le public.
Lors de la première édition organisée en 2011, 11 dispositifs ont été mis en place comme Kaleïdomix, une application qui, en prenant en photo une oeuvre, permet d’obtenir plus d’informations, de la partager sur les réseaux sociaux et même de la “remixer” ! L’aspect participatif n’est pas en reste puisque l’application permet de comparer les oeuvres créées et de repartir avec grâce à l’utilisation d’une imprimante 3D mise à disposition.
Cette année, Museomix revient du 19 au 21 octobre au musée gallo-romain de Lyon-Fourvière avec 9 équipes plus que motivées pour repenser notre approche du musée !
Pictify
L'avenir des musées passera-t-il par les réseaux sociaux ? S'ils sont nombreux à avoir investi les plateformes sociales "classiques" comme facebook ou twitter, c'est pourtant bien sur des réseaux émergents et plus "picturaux" qu'ils pourraient bien trouver une place de choix. On pense bien sûr à Pinterest, qui accueille déjà le Louvres ou encore le musée des Beaux Arts de Lyon, mais ils peuvent désormais également se tourner vers un petit nouveau intitulé Pictify, spécialement destiné au partage d’œuvres d'art, et principalement pensé pour les musées et les galeries d'art. Plusieurs d'entre eux ont déjà franchi le pas, comme le Musée d'Orsay et le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. Moins encombré que Pinterest (pour le moment du moins), plus "ciblé" et plus transparent sur ses conditions d'utilisation et sa politique concernant les droits d'auteur, Pictify pourrait donc gagner rapidement l'avantage sur son principal concurrent. Les institutions peuvent également y mentionner des informations complémentaires comme leurs horaires d'ouverture, leurs tarifs, etc.
L'utilité d'une telle présence en ligne n'est plus à démontrer. D'un point de vue artistique comme pédagogique, elle peut permettre à de nombreuses personnes d'effectuer des recherches, de préparer un cours, une visite avec des élèves, etc. Cela pourrait également permettre à de plus petits musées de se faire connaître du public. Pourtant, les participations des musées restent très inégales. Si la collection de visuels sur Pinterest du Museum de Toulouse est relativement riche et bien organisée, d'autres se contentent d'une simple "occupation de l'espace", en n'affichant même dans certains cas aucun visuels. Très globalement, le potentiel de ce type de réseaux est encore très largement sous-estimé par les institutions muséales, mais la tendance pourrait bien s'inverser au cours des prochaines années.
Responsive Museum Week - du 15 au 24 septembre 2012
Initiée par Geoffrey Dorne (que nous avons déjà eu l'occasion de présenter lors de la sortie de son application neen) et Julien Dorra, la Responsive Museum Week est née d'un constat : la plupart des sites des musées français sont difficilement, voir pas du tout lisibles sur terminaux mobiles. Pas très pratique lorsque l'on se promène et que l'on souhaite consulter les horaires d'ouverture d'un musée, ou, en pleine visite, si l'on cherche à savoir dans quelle partie du musée se situe une oeuvre, par exemple.
A l'heure où l'accès à internet se fait de plus en plus via mobile et où les normes du design responsif (design adaptable à toute taille d'écran) prennent de plus en plus de place, ces deux professionnels du web et du design se sont donc étonnés de constater que certains sites de musées récents ne s'adaptent pas à la navigation sur smartphone. Ils ont donc décidé de proposer à la communauté de repenser les sites de ces musées en s'appuyant sur les dernières technologies du web pour les rendre plus lisibles et plus agréables à consulter.
L'idée : choisissez un musée, "hackez" sa feuille de style (la partie du code qui permet de définir le rendu graphique d'un site, ses couleurs, son format, etc.) à l'aide d'un outil de type firebug ou stylish et modernisez-le pour le rendre accessible sur smartphone. Enfin, partagez le fruit de votre travail en postant des captures d'écran sur le tumblr de la Responsive Museum Week. Les résultats ne se sont pas fait attendre, plusieurs propositions ont déjà été postées, pour le Centre Pompidou ou le site des musées de la ville de Strasbourg par exemple.
Geoffrey Dorne s'exprime sur ses motivations au micro de Gayané Adourian (du projet museomix) :
De bien prometteuses initiatives, qui augurent une belle réconciliation entre Internet et l'institution muséale, qui pourrait occuper dans le futur une place de choix sur la toile.
Musée interactif ou exposition multimedia, de nombreuses structures tentent depuis quelques années le virage du multimédia afin d'inciter les jeunes à pousser leurs portes ou à découvrir de nouvelles formes artistiques. Que ce soit dans la conception ou dans la scénographie de leurs expositions, ou simplement dans leur communication, ces musées ont décidé d'innover. Même s'il reste encore du chemin à parcourir, passons en revue quelques unes de ces initiatives qui méritent d'être saluées.
En France...
Le musée du Quai Branly
Avec une muséographie résolument moderne, le musée du Quai Branly fait figure de modèle dans le renouveau des espaces d'exposition. Cette démarche de proposition d'une expérience nouvelle trouve également sa continuité dans les documents multimédias qui sont proposés au public. Extraits de films, photographies mais aussi scènes de la vie quotidiennes viennent illustrer une période ou une civilisation. Des installations interactives permettent au visiteur d'être immergé dans le sujet.
A noter : de nombreuses ressources multimedia sont également disponibles sur le site du musée, dont une "visite" 3D permettant de visualiser certains objets du musées en volume, des programmes interactifs ainsi que des "albums" de certaines collections sont proposés en versions mobiles pour tablettes.
Historial Charles de Gaulle
Véritablement centré autour de l'outil audiovisuel et l'utilisation du multimedia, l'historial Charles de Gaulle a poussé très loin le concept d'interactivité. Le parcours du visiteur suit le parcours historique qui n'est présenté pas sous forme d'objets mais de documents d'archives ou de décryptage, sonores et visuels, qui le rendent bien plus vivant. La scénographie a été conçue pour apporter au musée un aspect pédagogique et ludique bien loin des musées "à l'ancienne". Avec une salle multi-écrans, des alcôves permettant une démarche plus individuelle et volontaire d'approfondissement de l'exposition et des dispositifs interactifs disponibles tout au long de l'exposition, l'historial Charles de Gaulle a de quoi séduire les visiteurs de musées les plus réticents... A noter : un espace pédagogique très riche est proposé sur le site internet du musée, afin de préparer au moins la visite pour les plus jeunes.
Tim Burton, l’exposition - Cinémathèque française
Conçue par le Museum of Modern Art de New-York en 2009, et présentée à partir du 7 mars à la Cinémathèque Française, l'exposition Tim Burton a été conçue pour refléter les nombreuses facettes artistiques du célèbre réalisateur américain. Une rétrospective intégrale de ses œuvres (mais également des projections de films choisis par Burton) sera naturellement associée à l'exposition présentant de nombreux dessins, peintures, photographies, sculptures, costumes et extraits de films. Mais l'aspect le plus innovant de cette exposition se retrouve dans sa stratégie de communication. En effet, chose rare, une bande annonce a été créée par l'artiste lui-même pour promouvoir l'exposition, et une très jolie chronologie interactive de la carrière de Tim Burton est proposée sous forme de timeline sur le site de la cinémathèque, avec des images, la bande annonce de chaque film ainsi que des renvois vers leurs fiches respectives sur le site spécialisé IMDB. A noter : un concours de film d'animation autour de Tim Burton et de son œuvre est organisé par la cinémathèque en association avec Dailymotion. Tous à vos tablettes !
L'International Spy Museum de Washington est l'un des plus riches musées consacré à l'histoire de l'espionnage dans le monde. Il présente les techniques, les outils et l'histoire de l'espionnage sur près de 6 000 m². L’interactivité a bien sûr été un médium de choix pour ce type de sujet puisque les nouvelles technologies ont pris une place prépondérante dans l'histoire de l'espionnage au fil du temps. Des présentations audiovisuelles expliquent l'importance de maintenir une bonne couverture pour ses activités d'espionnage ou comment mettre en place des écoutes efficaces... A noter : pour les anglophones, de nombreux jeux et missions dignes des plus grands espions sont proposés sur le site du musée.
Le 9/11 Memorial de New York
Situé sur l'emplacement des tours du World Trade Center, le 9/11 Memorial est destiné à rappeler à la mémoire de chacun ces événements tragiques. De nombreuses installations interactives et participatives y sont proposées, afin que chacun puisse découvrir et partager son expérience autour des attentats du 11 septembre. A noter : une application mobile est proposée par le mémorial afin de guider le visiteur et de lui rappeler les événement qui ont eu lieu.
Gageons que ces initiatives devraient se multiplier dans les années à venir afin de moderniser la muséographie. Et vous, avez-vous eu l'occasion de découvrir des installations interactives ?